LE SILENCE SELON MANON - FOGEL BENJAMIN

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LE SILENCE SELON MANON

LE SILENCE SELON MANON

FOGEL BENJAMIN
Editeur : RIVAGES
Collection : RIVAGES NOIR
Date de parution : /04/2021

[ean : 9782743652777]

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20.00 €

Notre avis

Il y a six semaines, l’annonce de la séparation du duo Daft Punk créait, dans le monde entier, un émoi d’une rare intensité, souvent sincère, parfois surjoué, et quelques fois moqué.
En redéfinissant le statut de rock star sous le masque de l’anonymat, cette radicalité futuriste aussi conspuée comme une panoplie surannée, Guy-Manuel de Honem-Christo et Thomas Bangalter entendaient laisser place au fantasme, au rêve, à la seule essence de l’art et de sa portée cathartique et subversive.
Est-ce un hasard si Benjamin Fogel affuble ses personnages, Simon de Christo et Yvan Langalter (un pseudo) de patronymes qui résonnent étrangement avec les deux inconnus les plus célèbres du monde, dans un futur (très) proche où l’anonymat est devenu enjeu de société ?

Tranchons dès à présent ce point. Il est des noms qui méritent d’être connus, et Benjamin Fogel, dans le cénacle des écrivains, est de ceux-là. « Le silence selon Manon » est un grand, un très grand roman.
D’abord parce qu’il raconte une histoire. Ça n’a l’air de rien, mais la littérature française oublie parfois de regarder plus loin que le bout de son nez et n’ose plus parler du monde autrement que par une simili-introspection. En cela, « Le silence selon Manon » est résolument moderne, mélangeant avec intelligence et subtilité les codes de la grande littérature et de la pop culture.
Il parle du monde et donc de chacun d’entre nous, il décloisonne la complexité d’une société à laquelle jamais les réponses apportées n’ont été aussi simplistes qu’en ce début de XXIème siècle, brouillant les frontières entre le Bien et le Mal, générant ici l’empathie pour les salauds officiels, révélant ailleurs la supercherie de certaines postures morales, et dressant un tableau terriblement réaliste (et donc angoissant) de notre époque.

Alors de quoi parle t-on ? De l’affrontement entre les ultra incels et les neo straight edge. Vous n’y comprenez rien ? C’est normal, et Benjamin Fogel nous en apprend beaucoup sur ces univers en jachère, dont il imagine la confrontation dramatique et sanguinaire d’ici quelques années, d’un côté les masculinistes, hommes dont la frustration sentimentale se mue en véritable haine à l’encontre des femmes et passés maîtres dans l’art du harcèlement en ligne, de l’autre des punks 2.0. ayant digéré tout le vocable progressiste au point de se faire les garants d’une dictature éthique annihilant toute spontanéité.

En point d’orgue, un attentat perpétré par les premiers lors d’un concert organisé par les seconds, et la porosité entre l’espace numérique, son déversoir de haine et sa violence endémique, et la réalité sur laquelle le pire peut déborder parfois, mais où le manichéisme s’efface aussi au fil des rencontres, du dialogue et des confessions.
Et la question, donc, de l’anonymat et de la transparence qui surgit et nous tiraille entre le sentiment d’impunité qu’ils supposent et la protection qu’ils confèrent, la liberté d’expression et l’encouragement à la haine, ce que l’on montre de nous et ce que l’on est en réalité, les convictions et les faux-semblants.

Le roman est un manège permanent d’émotions, où notre affection et nos antipathies pour les personnages se bousculent et varient, tantôt attachants, tantôt exaspérants, selon une partition orchestrée de main de maître.
Autour des deux frères, Yvan et Simon, Benjamin Fogel déroule une galerie de personnages à la psychologie brillamment travaillée pour un total de pages finalement assez faible, ce qui révèle une véritable densité d’écriture et une puissance romanesque amplifiée par l’enquête policière qui se joue en filigrane, son suspense, ses rebondissements et ses inattendus.

Et puis ses respirations, ses « silences », ceux de Manon, dont on taira la nature mais décrits avec délicatesse et sensibilité, des réconforts dans un monde bruyant, ses réseaux d’une violence assourdissante, leurs bavardages incessants comme autant d’acouphènes qui parasitent notre quotidien.

On tourne alors les pages frénétiquement. « Le silence selon Manon » est la définition même du « page turner », il est de ces romans addictifs qui se lisent d’une traite, pourvu que vous ayez un peu de temps devant vous. Ceux dont on peste d’observer la fin approcher, ceux dont les personnages restent même une fois la dernière page tournée. 


Oui, un très grand roman.

Alexis

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