RUSE - NAULLEAU ERIC

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RUSE

RUSE

NAULLEAU ERIC
Editeur : ALBIN MICHEL
Collection : A.M. ROM.FRANC
Date de parution : 28/10/2020

[ean : 9782226449320]

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18.00 €
Résumé
« En retrait de la route surgit un motel, seule bâtisse visible à des kilomètres à la ronde. Des tubes au néon d'un rouge vibrant soulignaient en plein jour le contour de ses fenêtres, comme une femme qui trainerait encore dans sa robe de soirée un lendemain de fête. Tout disparut avec le reste du paysage. Le soleil cognait toujours plus fort à la vire. Deliana tira le rideau comme une dérisoire protection contre la chaleur et les complots ourdis au plus hait des cieux vierges de tout nuage.»

Notre avis

Entre l'étiquette d'acolyte de l'ennemi médiatique numéro 1 collée sur le front et la cible dans le dos que lui assure sa réputation de critique implacable, maniant l'éloge et la démolition avec un talent certain depuis des années, c'est en terrain miné, forcément, que s'avance Eric Naulleau au moment de soumettre à évaluation son premier roman, que quelques règlements de compte et vengeances froides ne manqueront pas d'éreinter autant par principe que par paresse.

Histoire d'assurer ses arrières dans cette entreprise périlleuse, l'animateur de "Ça balance à Paris" ou "Balance Ton Post - Ça continue" se réfugie dans des contrées familières et réconfortantes, parsemant son roman de quelques références au football, au milieu littéraire parisien qu'il se plaît à moquer ou à la Bulgarie, forcément, toile de fond de cette histoire aux confins du polar et du road-trip sentimental, devenu son pays d'adoption dans les années 80 et dont il traduira et éditera une partie de la littérature.

Dans l'atmosphère peu engageante de l'ancienne république du Bloc de l'Est, Eric Naulleau tisse un postulat de départ classique, sans révolution, celui des représailles d'une strip-teaseuse qui quitte le club dont elle vient d'être virée sans sommation en fauchant quelques billets et des photos compromettantes. Réfugiée chez son ex, intello français un peu largué, elle se voit contrainte de renouer avec lui pour fuir à travers le pays les gros bras lancés à leurs trousses.

Mais de ces photos volées et de leur contenu sulfureux, du scandale politique qu'elles sont en mesure de déclencher, noeud de cette histoire et qui justifient à elles seules la traque qui s'organise derrière Deliana et Serge, il sera finalement peu question. L'ombre de la mort qui pourchasse les anciens amants n'est qu'un prétexte à souffler sur les braises d'une romance pas tout-à-fait éteinte.
Le sang, la sueur et les larmes, mais aussi le périple dans les grands espaces bulgares, les montagnes sinueuses et les rues de Ruse (prononcer "Roussé"), servent en réalité de canevas au huis-clos d'un couple défait qui, de jeux de séduction inavoués en dialogues sarcastiques, renoue avec sa destinée.

Ainsi, "Ruse" surprend avant tout dans son rythme, alternant entre l'énergie et la nervosité du thriller d'un côté, et la contemplation littéraire et digressive de l'autre, nous trimballant avec agilité entre échappées belles dans les paysages bulgares et plongées dans l'intime des personnages. L'histoire, concise et taillée à la serpe, se nourrit ainsi d'un sens aiguisé de la description, destiné à esquisser le puzzle d'une intrigue qui se referme en chapitres courts, donnant forme à une lecture qui se dévore d'une traite et avec délectation.

"Ruse" est un livre protéiforme, à l'intersection de genres et d'influences multiples. Eric Naulleau convoque à sa table la noirceur glaçante de Sidney Lumet (saluons ici Sean Connery dans son meilleur rôle dans le méconnu "The Offense), les valses de Robert Musil entre narration et digression métaphysique, Samuel Fuller et son obsession de la vérité brute des bas-fonds, ou Georges Simenon et son goût des intrigues simples nourries par des décors et des personnages forts. Et puis, il y a la figure tutélaire, l'homme de Ruse, Elias Canetti dont le génie plane sur la ville comme sur il flotte sur le livre et la plume de son auteur, dont la fascination pour l'oeuvre éparpillée transpire avec émotion tout au long de ces 200 pages.

Sans esbrouffe ni crainte des vagues, Eric Naulleau plonge avec assurance dans le grand bain de la littérature française. "Ruse" se révèle une vraie réussite d'écriture et de narration, avec son histoire énergique et palpitante nourrie par une langue travaillée, qui doit se lire comme tel et que quiconque pourra apprécier dès lors qu'il saura se dégager des parasites susceptibles d'altérer son jugement.

Alexis

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